Expo du 12/03 sur Sylla

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Expo du 12/03 sur Sylla

Message par Sophie le Sam 21 Mar - 20:26

[justify]Expo du 12/03 :
Texte n°10 : Sylla, Plutarque.


Ce texte est un document historique sur Sylla, extrait des Vies des hommes illustres de Plutarque. L'auteur, Plutarque de Chéronnée est né aux environs de 46 ap. J.C. Et mort vers 125. Son œuvre principale reste Les vies parallèles mais il a également écrit de nombreux traités de pédagogie, de morale et de philosophie. Après avoir étudié la philosophie à Athènes, il part pour Alexandrie où il étudie vraisemblablement la médecine. Il effectue de nombreux voyages à Rome auprès des empereurs Trajan ou Hadrien notamment. Puis, il se consacre à Apollon dans les années 90 en se faisant prêtre à Chéronnée, ce qu'il restera jusqu'à sa mort. Dans ses Vies, Plutarque compare la vie et la carrière politique de deux grands hommes : l'un grec, l'autre romain dans un but moral. En ce qui concerne Sylla, Plutarque met sa carrière en parallèle avec celle du navarque spartiate Lysandre. L'extrait qui nous est proposé concerne à proprement parlé l'arrivée de Sylla au pouvoir en 82. Sylla, de son nom complet, L. Cornelius Sylla est issu d'une vieille famille patricienne qui ne joue, toutefois, plus de rôle politique depuis un siècle. Il faut en effet remonter six générations pour retrouver un consul ayant appartenu à sa famille. Sylla a vécu entre 138 et 78 av. J.C. et demeure célèbre pour son excellence militaire. Il commence sa carrière politique en 108 en devenant questeur puis participe à l'expédition contre Jugurtha sous les ordres de Marius. C'est en 87 qu'il est envoyé en Orient dans la guerre contre Mithridate. Jusqu'à son retour, Rome est touchée par une guerre civile opposant marianistes et syllaniens. L'extrait présenté concerne le retour de Sylla en 83/82, grand vainqueur de Mithridate grâce à la fidélité de son armée et bénéficiant par la même d'un grand honneur. Il est confronté alors à ses adversaires marianistes qu'il fait exécuter lors d'une grande proscription. Il nous est donc possible de se demander comment un homme comme Sylla a pu concentrer entre ses mains autant de pouvoirs. Dans un premier temps, il est intéressant d'étudier la manière dont Sylla bouleverse les traditions, puis l'élimination de ses ennemis lors de la proscription, et enfin le caractère nouveau de cette éradication.


I/ Dès le début du texte, il est possible de voir que Sylla en revenant au pouvoir en 82 remet en cause un certain nombre de traditions. L.4/5 : « Ayant appris ces nouvelles, et aussi que la plupart de ses ennemis avaient péri, Sylla, dès le point du jour, se rendit à Antemne. ».Antemne est une petite ville située au Nord de Rome. Par cette phrase, l'auteur évoque le retour de Sylla dans la capitale romaine après sa victoire sur Mithridate. Ce retour est marqué par deux points importants : une entrée triomphante dans la ville et le massacre de nombre de prisonniers. On peut en effet lire l.8 : « ce fût des deux côtés un grand massacre. ». Ces mots font allusion au combat de Porte Colline de novembre 82. Au cours de cette bataille, Sylla est grand vainqueur des marianistes, qu'il fait en grand nombre prisonniers. L. 11: « des soldats désignés pour cette tâche se mirent à massacrer les six mille hommes. ». Il est possible de penser que ce groupe d' hommes est composé des Samnites, peuple italien s'étant allié aux marianistes. Or, pour Sylla, ce peuple est d'autant plus impardonnable qu'en plus de s'être allié à ses ennemis il s'est opposé à Rome lors de la guerre sociale. Le lieu choisi pour leur exécution n'est pas anodin non plus. En effet, on peut lire l.9 qu'il les réunit dans le cirque de Rome. Or, le Circus Flaminius est le lieu dans lequel sont reçu les généraux à leur retour de campagne, ce qui marque une fois de plus le caractère militaire de l'entrée de Sylla dans Rome. Enfin, il est important de noter l'incompréhension de la population, et plus particulièrement celle des sénateurs face à ce massacre. L.12/13 : « Naturellement les cris de tant d'hommes que l'on égorgeait dans un étroit espace furent entendus des sénateurs, saisis d'épouvante. ». Cette exécution choque et marque les esprits et nous montre le caractère violent de cette prise de pouvoirs par Sylla. Toutefois, cette volonté de marquer les esprits se fait dans un second temps par une concentration forte de pouvoirs.
Je cite l.17/18 : « Ces mots donnèrent à penser même au plus obtu des romains que l'événement constituait un changement de tyrannie et non une libération. ». Cette phrase sous entend l'ampleur des pouvoirs que Sylla obtient lors de son arrivée dans la capitale romaine. En effet, Sylla obtient du Sénat le titre de dictateur qui lui confère déjà une certaine autorité. Mais, cette magistrature traditionnellement temporaire qui permet le contrôle de la cité, est transformée par Sylla en un titre permanent. De plus, il étend l'ampleur des pouvoirs que cette magistrature recouvre en théorie. Aux l.22/25, je cite : « Son exemple permet donc d'incriminer à bon droit le pouvoir absolu et de montrer qu'il empêche ceux qui l'exercent de garder le caractère et les mœurs qu'ils avaient d'abord, en les rendant capricieux, arrogants, inhumains. ». L'évocation du pouvoir absolu ici permet d'observer que Sylla concentre en sa personne de nombreux pouvoirs, tel l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Cependant, attention, toutes les modifications apportées par Sylla à ce titre sont approuvées par le Sénat. On le voit donc le général victorieux qu'est Sylla bouleverse les traditions en transformant une magistrature temporaire en une souveraineté permanente. Ceci permet à l'auteur de l'incriminer à la l.18 de vouloir mettre en place une tyrannie. Après être entré dans Rome de façon assez spectaculaire, il est important de noter le caractère violent de son retour au pouvoir, avec l'élimination systématique de ses ennemis.


II/ Le troisième paragraphe du texte est consacré à la proscription organisée par Sylla lors de son arrivée au pouvoir. L.41/43, je cite : « dans un discours qu'il tint au peuple sur ce sujet, il déclara qu'il proscrivait tous ceux dont il se souvenait, et que ceux qu'il avait oubliés jusqu'à ce moment, il les proscrirait plus tard. ». Sous ce terme de proscription, on regroupe tout ce qui fait l'objet d'un affichage dans la cité romaine. Cela peut en effet concerner aussi bien la liste des candidats aux magistratures que les jours de marché. Au départ, ce mot n'a pas de connotation péjorative ou de lien avec une élimination systématique de ses ennemis. La proscription syllanienne n'est en fait qu'une forme particulière de proscription. Concrètement, Sylla fait afficher la liste des proscrits, des personnes qu'il condamne à mort. Les marianistes sont dès lors déclarés ennemis publics par l'autorité syllanienne et peuvent être exécutés légalement. L.58: « A peine avait-il fait quelques pas qu'il fut égorgé par un homme qui l'avait suivi. ». On le voit, les «chasseurs» peuvent exécuter un citoyen romain du moment que son nom est inscrit sur la liste. Cependant, la ligne 58 qui vient d'être citée ne doit pas laisser entendre que la proscription se résume à une série d'exécutions sommaires. Il est effectivement important de noter que les condamnations à mort sont réglementées et encadrées par la Lex Cornelia. Ainsi, cette loi contient toutes les modalités d'exécution et la liste des proscrits. Toutefois, même si cette légalisation de la mise à mort de citoyens romains paraît scandaleuse, Sylla s'en défend par le fait que c'est aussi un moyen de contrôle et de modération des condamnations.
Dans un second temps, il me semble intéressant d'observer que l'établissement de listes des condamnés peut aussi être vu comme une tentative de modération et d'éviter ainsi trop d'exécutions sommaires. Aux l.34/36, on peut lire : « Nous ne te demandons pas de soustraire au châtiment ceux que tu as résolu de faire mourir, mais de tirer d'incertitude ceux que tu as résolu de sauver. » Cette phrase résume l'intervention de C. Caecilius Mettelus devant le Sénat. Celui-ci interpelle en effet Sylla devant les sénateurs pour, on peut le penser, tenté de modérer les effets de la proscription. Or, cette intervention peut paraître surprenante puisque Mettelus appartient à la famille des Caecillii. Cette famille, on le sait, est une des premières opposantes à Marius et liée à Sylla par mariage. Sa quatrième épouse est effectivement une Caecillii. Par conséquent, il est plus probable que Mettelus ressente un désir de vengeance par rapport aux marianistes plutôt qu'une volonté de modération. Une deuxième interprétation demeure possible en ce qui concerne cette interpellation et qui paraît plus probable. En effet, Mettelus, à travers son intervention devant le Sénat, demande peut être tout simplement à Sylla qui il a décidé de condamner pour être certain des personnes qui doivent être tuées. Toutefois, même s'il réside une ambiguïté sur l'intervention de Mettelus, l'établissement de plusieurs listes de proscription paraît confirmer un désir de modération. L.39/41 : « Quoi qu'il en soit, Sylla proscrivit aussitôt quatre vingts personnes, sans en référer à aucun magistrat. L'indignation générale ne l'empêcha pas de proscrire deux cent vingt autres le lendemain, et autant le jour suivant. ». On remarque ici que le phénomène de proscription se fait en plusieurs étapes, même si celles ci sont rapprochées dans le temps. Ainsi, cette coupure entre deux affichages peut être vu comme une volonté de négocier avec les «petits» marianistes, ceux qui paraissent moins influents et par là limiter les exécutions. Les listes de proscrits ne sont donc pas définitives et restent ouvertes. Enfin, dernier point qui atteste d'un désir de modération est celui de la hiérarchisation des listes et du tri des condamnés. En effet, l.51/53 : « Le nombre de ceux qui étaient tués par rancune ou par haine n'était rien en comparaison de ceux que l'on faisait mourir pour leurs richesses. » De cette manière, la majorité des proscrits appartient aux classes sociales élevées, souvent des sénateurs ou des chevaliers. Ce sont les plus riches et par conséquent d'autant plus dangereux que leur richesse leur permet de posséder une grande clientèle. De plus, la possession de nombreux biens et richesses permet aux partisans syllaniens un enrichissement beaucoup plus rapide grâce à leur confiscation. Après avoir étudié dans cette partie la manière dont Sylla éradique ses ennemis par la mise à mort, il semble intéressant dans un dernier temps de voir que la proscription se compose d'autres caractéristiques telles que la confiscation des biens.

Sophie

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Re: Expo du 12/03 sur Sylla

Message par Sophie le Sam 21 Mar - 20:26

III/ Pour terminer, il faut montrer que la proscription que met en place Sylla est un mode d'épuration tout à fait nouveau. L.45/46, Plutarque écrit : « Au meurtrier il allouait deux talents de salaire de l'assassinat, fût-ce un esclave qui avait tué son maître ou un fils son père. ». Il est évoqué dans ce passage la mise en place d'un système de récompense pour le meurtre des proscrits. Ceci peut être vu comme un caractère nouveau dans l'éradication de ses ennemis. En effet, le meurtrier n'est pas puni judiciairement et est même, à l'inverse, récompensé. Or, cette caractéristique paraît assez scandaleuse dans le sens où il s'agit de l'assassinat d'un citoyen romain par un autre citoyen. Ces deux personnes ayant le même statut et les mêmes droits liés à leur qualité de citoyens de Rome. Le système de récompense pour l'élimination d'un ennemi est légitime lorsqu'il est question de prisonniers de guerre ou d'ennemis de la patrie. Mais, dans le cadre de l'épuration des marianistes, ce système est marqué de tout un symbole. C'est comme si l'on cherchait à dégrader la qualité de citoyen de ses ennemis en les considérant au même rang que des prisonniers de guerre. Cette dégradation de statut continue avec le mode d'exécution employé. Effectivement, Plutarque explique aux l.50/51 : « on égorgeait les hommes auprès de leurs femmes et les enfants auprès de leurs mères ». Le fait d'égorger pour tuer n'est pas anodin comme mode d'exécution et rempli de symboles. En effet, la décapitation possède une forte signification dans la société romaine. Cela traduit un signe de triomphe sur ses ennemis. En possédant la partie du corps considérée comme la plus importante, l'exécutant apparaît comme le grand vainqueur de son opposant. En outre, égorger, c'est mutiler le corps et empêcher ainsi le défunt d'entrer dans le monde des morts. Une nouvelle fois, le statut de citoyenneté du mort est dégradé par la mutilation de son corps. Il reste cependant un dernier signe d'abaissement de l'ennemi. L.29/30 : « Sylla, quand il se fut mis à verser le sang, remplit la ville de meurtres sans nombre et sans fin. » Cette citation évoque la ville, lieu sacré. En théorie, aucune exécution ne peut être commise dans l'enceinte du pomerium, exception faite des prisonniers de guerre. Ce dernier point est assez significatif quant au statut que l'on confère aux opposants de Sylla. Effectivement, les prisonniers de guerre sont des barbares, des étrangers à Rome et son Empire. Ces hommes passent symboliquement d'un statut de citoyen à celui de barbares. Toutefois, cette dégradation des proscrits dans leur statut n'est pas le seul caractère nouveau de la proscription de Sylla. Il va en effet plus loin en prenant des mesures concernant les descendants des proscrits.
L.47/48, je cite : « Mais ce qui parut être le comble de l'injustice, c'est qu'il exclut du corps civique les fils et les petits fils des proscrits et confisqua les biens de tous. ». A travers cette citation, on peut voir deux modalités qui sont fortement liée l'une à l'autre. Tout d'abord, l'exclusion du corps civique , puis la confiscation du patrimoine du proscrit. Ces deux mesures dépendent de la Lex Cornelia qui les encadre. Celle-ci définit en particulier précisément les modes de confiscation et de ventes des biens. Toutefois, il semble essentiel de noter l'imbrication qu'il existe entre ces deux mesures. C'est parce qu' il y a confiscation de biens, que le citoyen ne peut plus participer à la vie politique. L'accès aux magistratures étant réglementé par le niveau de richesses et l'établissement d'un cens, la perte d'un certain nombre de biens entraine obligatoirement la perte des droits politiques et par conséquent l'exclusion du corps civique. Les descendants des proscrits se voient interdire l'accès aux magistratures et leur éligibilité. Ces dernières mesures touchent particulièrement le peuple romain qui se sent indigné. Il y voit un renchérissement de la cruauté des proscriptions puisqu'on n' élimine plus seulement ses ennemis en les condamnant à mort, mais l'on élimine toute influence que leurs descendants pourraient avoir dans le monde politique. Sylla éradique ainsi tout opposant politique susceptible.


En conclusion, on note que le retour de Sylla à Rome en 82 marque fortement les esprits de par son caractère violent ; esprits déjà tourmentés par les cinq années de guerre civile qui précèdent. Sylla réussit en quelques mois à prendre le titre de dictateur auquel il confère des pouvoirs bien plus amples que ce que cette magistrature recouvre traditionnellement. Mais, il pratique également une élimination et une épuration de ses ennemis assez radicale. Cette grande proscription de 82 permet aux partisans de Sylla un enrichissement rapide grâce aux biens confisqués et aux récompenses mises en place. Le meilleur exemple étant celui de M. Licinius Crassus qui assure ainsi son début de carrière politique. La montée au pouvoir de Sylla, grâce au soutien d'une armée fidèle, laisse des traces sur la société romaine. Toutefois, cette prise de pouvoir reste brève puisqu'il quitte le monde politique quelques années après en 78.

Remarques faites lors de la reprise :

La deuxième sous partie du I est hors sujet puisqu'elle concerne la dictature de Sylla qui n'est pas évoquée dans le texte.

Le fil directeur le plus pertinent aurait été celui de la violence. Sylla prend en effet le pouvoir de façon brutale et tout le texte est concentré sur ce point.

On peut penser que Sylla est moins avide de pouvoirs que le texte le laisse entendre et qu'il ne prend pas le pouvoir pour lui mais plutôt pour régler les problèmes que connait la société romaine à l'époque. Ainsi, l'élimination des marianistes est là pour stabiliser le monde politique, ce qui permet la mise en place de réformes nécessaires au bon fonctionnement de la société. Ces réformes sont prises juste après les événements relatés dans le document (donc à évoquées en conclusion). Enfin, dernier point à noter, c'est qu'une fois les changements effectués, Sylla quitte la vie politique en 78.

Il faut préciser en introduction que l'œuvre de Plutarque est une œuvre morale. Il met en parallèle la vie de deux grands hommes pour étudier leurs qualités et leurs défauts et en retirer des principes moraux. Ce point est important dans le sens où lorsque l'on a connaissance du caractère moral de l'oeuvre, cela permet d'enlever de l'étude tout ce qui en dépend. Toutes les caractéristiques morales ne sont pas à prendre en compte dans le commentaire. On peut ainsi supprimer de l'étude le paragraphe 2 qui concerne la comparaison entre Marius et Sylla puisque le but de Plutarque est d'en tirer des principes moraux.

Sophie

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Re: Expo du 12/03 sur Sylla

Message par Ben le Sam 21 Mar - 21:17

Yeah merci Sophie Very Happy !!

Ben
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Re: Expo du 12/03 sur Sylla

Message par Arkana le Ven 27 Mar - 1:52

Oh cool pour l'expo!!

Thanx!
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Re: Expo du 12/03 sur Sylla

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