Lettre 4 fin ! / S. Lefebvre

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Lettre 4 fin ! / S. Lefebvre

Message par Lefebvre Sabine le Sam 11 Avr - 0:43

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Outre ce que je viens de raconter, il cherchait déjà et méditait les moyens
de nous nuire non plus seulement par lui-même, mais par l’intervention de
l’empereur. Ainsi, après avoir voté et rendu effectivement à Caius tous les honneurs
possibles que nos lois nous permettaient, nous en avions confié le décret à Flaccus
et, comme dans le cas où nous lui aurions demandé une ambassade il ne l’aurait pas
autorisée, nous l’avions prié de le faire transmettre par ses propres services. En le
lisant, il eut maints hochements de tête approbateurs pour chacune des résolutions
du décret ; souriant, radieux ou jouant la satisfaction : « Je vous approuve tous, dit-
il, pour votre geste de piété. Je vais faire l’expédition comme vous le demandez ou
bien je remplirai l’office d’ambassadeur, pour que Caius ait connaissance de votre
geste. J’y joindrai le témoignage de mes informations personnelles sur votre respect
de l’ordre et de la discipline, sans rien dire de plus, car la vérité suffit amplement
pour votre éloge. » Sur ces promesses, ravis, nous remercions comme si déjà, selon
nos espérances, lecture avait été donnée à Caius de notre décret. C’était en soi
vraisemblable, puisque tout message envoyé d’urgence par les préfets l’avantage
d’être soumis sans délai à la décision du souverain. Or, faisant fi de toutes nos
intentions, de sa parole et de son accord, il retint par devers lui le décret, afin de
nous faire passer, seuls de tous les hommes sous le soleil, pour des ennemis. N’était-
ce pas le fait d’un homme qui avait consacré bien des veilles à méditer et à étudier
en détail ce mauvais coup contre nous, et non pas d’un homme qui agit soudain dans
un accès de folie intempestive, par un égarement de la raison ?
Mais il semble que Dieu, attentif aux affaires humaines, prenant le contre-
pied des discours flatteurs de Flaccus, tournés avec art pour tromper, ainsi que du
Conseil de ses pensées monstrueuses, où il organisait la trahison, prit pitié de nous
et nous ménagea sans tarder l’occasion de n’être plus déçus dans notre espérance.
En effet, profitant du séjour du roi Agrippa à Alexandrie, nous lui exposons le
mauvais coup de Flaccus et il entreprend de réparer le méfait. Il nous promet de faire
parvenir notre décret et, dès qu’il l’eut en mains, comme on nous l’a dit, il en fit
l’expédition. Pour expliquer le retard, il ajouta que lorsque nous avions appris la
nouvelle, loin de tarder à montrer notre piété envers la famille de nos bienfaiteurs,
nous avions dès le premier instant montré notre zèle ; seulement une méchanceté du
gouverneur nous avait privés des moyens d’en donner la preuve au moment voulu.
C’est précisément dans ces circonstances que commença de s’en prendre à lui le
défenseur et le secours des opprimés, mais aussi le justicier des actes et des
hommes impies : la Justice. D’abord, il subit un affront inouï et un malheur qui n’était
encore jamais arrivé à aucun des précédents gouverneurs, depuis que la famille des
Augustes a pris en mains le gouvernement de la terre et de la mer. En effet, soit
sous Tibère, soit sous César, son père, certains de ceux qui avaient à gouverner les
territoires soumis, substituant à la sollicitude dans l’exercice de leur charge une
autorité tyrannique, avaient rempli les provinces de maux irrémédiables à force de
concussions, de rapines, de condamnations, d’expulsions, de bannissement
d’innocents et d’exécution sans jugement de personnages importants. Le temps
prévu de leur charge une fois écoulé, ils regagnaient Rome, où les empereurs leur
demandaient raison et compte de leurs actes, spécialement lorsque les cités lésées
avaient envoyé une délégation. Alors, se constituant l’arbitre des deux parties, après
avoir entendu également l’accusation et la défense, car ils estimaient qu’on ne doit
condamner personne d’avance et sans jugement, ils prononçaient, sans parti pris de
haine ou de faveur, mais selon la vérité objective, la sentence qui leur paraissait
juste. Pour Flaccus, au contraire, ce n’est pas après, mais pendant le temps même de
son gouvernement que vint prématurément le visiter la Justice, sévère aux
méchants, irritée des excès démesurés de ses injustices et de ses violations des lois.
PHILON D’ALEXANDRIE, In Flaccum, 97-107 (trad. A. Pelletier)

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Sous le consulat d’A. Vitellius et de L. Vipstanus, comme il était question
de compléter le Sénat et que les notables de la Gaule appelée Chevelue, depuis
longtemps bénéficiaires de traités et de la citoyenneté romaine, réclamaient le droit
de parvenir aux honneurs dans la Ville, la question fit grand bruit en tous sens. Et les
passions s’affrontaient devant le prince en un débat où certains soutenaient que
l’Italie n’était pas malade au point de ne pouvoir fournir un Sénat à sa capitale. Les
seuls indigènes y avaient suffi jadis pour les peuples consanguins, et certes on
n’avait pas à se plaindre de l’ancienne République ; au contraire, on citait encore des
exemples de vertu et de gloire que, grâce aux mœurs antiques, le caractère romain
avait produits. N’était-ce donc pas assez que les Vénètes et les Insubres eussent fait
irruption dans la curie, sans y introduire encore, avec des bandes d’étrangers,
comme un rassemblement de captifs ? Quels honneurs laisserait-on désormais à ce
qui restait de nobles ou à quelque pauvre du Latium devenu sénateur ? Ils allaient
tout occuper, ces riches dont les aïeuls et les bisaïeuls, à la tête des peuplades
ennemies, avaient taillé en pièces nos armées par le fer et la violence, assiégé le divin
Jules près d’Alésia. Voilà les faits récents ; que serait-ce si l’on évoquait le souvenir
de ceux qui, au pied du Capitole et de la citadelle de Rome, avaient été abattus sous
les coups de ces mêmes gens ? Qu’ils jouissent du titre de citoyens, soit ; mais que
les insignes sénatoriaux, les ornements des magistratures ne soient pas donnés à
tout le monde !
Ces propos et d’autres semblables n’ébranlèrent pas le prince, qui les
réfuta aussitôt et qui, ayant convoqué le Sénat, commença ainsi : « Mes ancêtres,
dont le plus ancien, Clausus, originaire de la Sabine, fut admis en même temps au
droit de cité romaine et au rang des familles patriciennes, m’exhortent à prendre des
mesures semblables pour l’administration de la République, en transférant ici ce qu’il
a pu y avoir quelque part d’excellent. En effet, je n’ignore pas que les Iulii sont venus
d’Albe, les Coruncanii de Camerium, les Porcii de Tusculum, et, sans fouiller les temps
anciens, que d’Étrurie, de Lucanie et de l’Italie entière nous avons fait venir des
sénateurs, qu’enfin les bornes de cette contrée elle-même furent portées jusqu’aux
Alpes, pour que non seulement des individus à titre personnel, mais des pays, des
nations se fondissent dans notre peuple. Alors la paix fut solide à l’intérieur ; nous
eûmes face à l’étranger une situation florissante, quand les Transpadans furent
accueillis dans la cité, quand, sous le couvert de nos légions établies dans tout
l’univers, par l’admission des provinciaux les plus vigoureux, il fut remédié à
l’affaiblissement de l’empire. Regrette-t-on que d’Hispanie les Balbi, de Gaule
Narbonnaise des hommes non moins distingués aient passé chez nous ? Leur
postérité demeure et son amour pour cette patrie ne le cède pas au nôtre. Quelle
autre cause perdit les Lacédémoniens et les Athéniens, malgré leur puissance
militaire, sinon qu’ils écartaient les vaincus comme des gens d’une autre race ? Au
contraire, notre fondateur, Romulus, fit preuve d’une telle sagesse que bien des
peuples, le même jour, il les eut pour ennemis, puis pour concitoyen. Des étrangers
ont régné sur nous. Confier des magistratures à des fils d’affranchis, n’est pas une
pratique récente, comme beaucoup de gens le croient, mais cela a déjà été fait
souvent par le peuple auparavant. Mais, dira-t-on, contre les Sénons nous avons
combattu : apparemment les Volsques et les Èques n’ont jamais déployé face à nous
une armée en bataille ! Nous avons été pris par les Gaulois, mais nous avons donné
des otages aux Étrusques et passé sous le joug des Samnites. Et pourtant, si l’on fait
la revue de toutes les guerres, nulle ne fut achevée en un laps de temps plus bref
que celle des Gaules. Depuis, ce fut la paix continue et fidèle. Déjà, par les mœurs,
les arts, les alliances familiales, intégrés à nous, qu’ils nous apportent leur or et leurs
richesses, plutôt que d’en jouir séparément. Toutes ces choses, pères conscrits, que
l’on croit aujourd’hui très anciennes furent nouvelles : les plébéiens admis aux
magistratures après les patriciens, les Latins après les plébéiens, les autres nations
de l’Italie après les Latins. Celle-ci vieillira également, et ce que nous appuyons
aujourd’hui par des exemples deviendra un exemple. »
Le discours du prince fut suivi d’un sénatus-consulte, et les Éduens
obtinrent les premiers le droit de siéger au Sénat dans la Ville. Cette faveur fut
accordée à l’ancienneté de leur alliance et au fait que, seuls, parmi les Gaulois, ils
portent le titre de frères du peuple romain.
TACITE, Annales, XI, 23-25 (trad. P. Wuillemier/J. Hellegouarc’h modifiée)

Lefebvre Sabine
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Date d'inscription : 28/03/2009

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