la magistrature à Athènes

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la magistrature à Athènes

Message par Invité le Sam 15 Déc - 18:10

Introduction :
Au IVe siècle, deux auteurs témoignent et rapportent le fonctionnement de la magistrature athénienne sous deux périodes, une sous Solon et une au IVe siècle. Aristote, philosophe, né en 384 à Stagire en Macédoine de Thrace et mort en 322, est disciple de Platon. Son but dans cet extrait est de rapporter, grâce aux poèmes de Solon, la façon dont on désignait les magistrats à Athènes. Dans son œuvre complète, La Constitution des Athéniens, Aristote à la volonté de retracer la vie politique d’Athènes d’une manière qui se veut la plus objective et la plus impartiale possible (si cela est possible). Le second auteur, Eschine (390-322), un contemporain d’Aristote est orateur athénien. Dans son discours Contre Ctésiphon, divisé en plusieurs articles, Eschine attaque Ctésiphon et indirectement Démosthène, son grand rival. Les articles 13,14,15 qui constituent cet extrait représentent ce qu’est la magistrature athénienne au IVe siècle.
En quoi la magistrature Athénienne reflète-t-elle une organisation complexe et paradoxale à la fois ?
Pour répondre à cette problématique nous commencerons par étudier comment est constituée la magistrature à Athènes puis dans un deuxième temps ses faiblesses.





I) Ce qui constitue la magistrature

1) Classification

Dans l'article 3 du chapitre VII de sa Constitution des Athéniens, Aristote cite Solon.
Solon né vers 640 an et mort en 558 avant J-C était un homme d'Etat, législateur et poète athénien. On l'assimile souvent comme étant le libérateur des esclaves avec sa réforme législative, la Seisachteia, une loi interdisant l'esclavage pour dette et comme étant l'inventeur de la démocratie. On lui demande de rédiger une nouvelle constitution, qui sera considérée plus tard comme étant le fondement de la démocratie athénienne. Aristote parle plus précisément du recensement de la population athénienne, d'après la répartition établie par Solon. On voit ainsi 4 classes apparaître: les pentacosiomédimnes, (l2) sont ceux dont le revenu est supérieur à 500 mesures, les Hippeis, (l2) sont des cavaliers. Comme le dit Aristote L9 ce sont " ceux qui pouvaient élever un cheval.", Les Zeugites sont des laboureurs ou ceux qui, l.14, "récoltent 200 mesures". Enfin il y a les Thètes, qui sont des sortes de manouvriers.
Ce classement a un rapport direct avec le fonctionnement des magistratures, puisque selon telle ou telle classe, toutes les fonctions ne sont pas permises. Plus les athéniens avaient de l'importance, plus le niveau de vie était élevé, plus ils pouvaient accéder a de hautes responsabilités. Les pentacosiomédimnes, les hippeis et les zeugites avaient donc accès aux magistratures les plus importantes, tandis que les Thètes ne peuvent accéder l6 qu’ ”à l'assemblée et aux tribunaux". Les mesures étant L8 de "liquide ou de solide" par exemple de blé de vin ou encore d'huile.

Ces 3 premières classes se répartissent les différentes fonctions magistratives importantes:
L.4, Aristote parle des "neuf archontes". Ce sont des magistrats qui entrent en charge le premier jour de l'année en prêtant serment d'obéir aux lois. Parmi eux on distingue l'archonte roi, qui préside l'aréopage (conseil composé des anciens archontes), juge les homicides, et règle les conflits concernant la prêtrise et surveille les domaines sacrés. Ensuite il existe l'archonte polémarque, chef du domaine militaire, qui rend hommage aux soldats morts, et qui s'occupe des affaires des étrangers, l'archonte éponyme qui donne son nom à l'année en cours et s'occupe des affaires privées. Enfin il y a 6 thesmothètes qui comme le dit Eschine L3 "procèdent au tirage au sort dans le Théséion". ( Le Théséion est un temple construit de 440 à 410 av J-C au bord de l'agora,( place publique chez les anciens) en l'honneur du roi mythique d'Athènes: Thésée.) Ces thesmothètes fixent aussi les jours où siège les tribunaux et assemblées. Ils s'occupent essentiellement des affaires publiques.
Les "Onze" L4 sont des magistrats justiciers chargés essentiellement des exécutions capitales. Les "trésoriers, les polètes et les colacrètes " L4 ainsi que les logistes (cités par Eschine L15) sont des magistraux financiers.
Eschine montre aux chapitres XIII et 15 de son oeuvre Contre Ctésiphon d'autres fonctions magistrates.Il cite " les hipparques" L4, qui sont des généraux commandant une division de cavaleries d'environ 500 hommes; "les épistates" L13 qui sont fonctionnaires politique et technique, et les "stratèges" L4 qui sont des mercenaires, spécialistes de guerres au IVe siècle av J-C. De plus pour pouvoir être stratège, il faut être bon orateur, savoir convaincre l'assemblée, l'armée et mener des campagnes électorales.

Dans un deuxième temps, nous pouvons voir qu'il existe 2 sortes de magistratures.

2) magistratures électives ou par tirage au sort.

Il y a en effet les magistratures éléctive et les magistratures basée sur un tirage au sort.
Dans les magistratures tirées au sort il y a les Onze, les juges des dèmes, qui plus tard deviendront les 40, les Trésorier d'Athènes, les colacrètes, les polètes et les logistes. Jusqu'au 5émé siècle c'est la désignation par la fève qui est utilisée (10 candidats pour une charge, 9 fèves blanches et 1 noire. Celui qui tire la fève noire est désigné.) Par la suite , le nombre de magistrats augmentant considérablement , des machines à désigner par le sort ont été inventées.

L7 Eschine parle de "magistratures électives". Ce sont des magistratures ou les magistrats sont élus. On voit parmi eux les épistates.
Les stratèges sont eux aussi élus.



3) Les institutions Athéniennes.

On peut voir dans un premier temps l'ecclésia qui est une assemblée du peuple.Seuls les citoyens mâles de plus de 18 ans nés d'un père athénien et depuis Périclès nés d'une mère athénienne peuvent y accéder. Les citoyens inscrits sont nombreux c'est donc grâce à un fort taux d'absentéisme que fonctionne correctement cette institution. Les paysans ne sont pas souvent présents , à l'égal des riches qui sont trop occupés a leurs affaires. Ceux-ci semblent ne venir qu'en cas de graves affaires. Ainsi ce serait essentiellement les gens du centre et des faubourgs qui serait présent. Il y a cependant un facteur qui joue sur la mobilité de ces citoyens athéniens: l'ordre du jour. Celui-ci, connu par avance, intéresse ou n'intéresse pas, ainsi un tri s'effectue par le simple bon sens des citoyens qui savent que des voix passives ne seraient d'aucune utilité.
C'est donc un organe gouvernemental qui repose sur le sens lucide et rationnel des citoyens à propos de la participation politique. Cette assemblée ne représente aucun parti.À la différence des assemblées modernes où l'individu se noie dans son parti politique, en se basant essentiellement sur la force du groupe, l'ecclésia de cette époque ne met en scène que des individus isolés, placés en fonction de leurs tribus et donc non par affinités politiques.
Dans cette institution, le vote à main levée est employé pour les affaires courantes.

La boulè est un conseil d'état, composé de 500 membres de toutes classes sociales, de tous niveaux de cultures ou de fortune, et de tous les clivages politiques. Pour être membre de la Boulè il faut être citoyen de plus de trente ans. Ces membres sont tirés au sort a raison de 50 par tribus. ( les tribus sont aux nombres de 10..............................................................................)
Elle a pour but, par sa fonction probouleutique de préparer le travail de l'ecclésia .Elle a donc un rôle de coordination entre l'ecclésia et les diverses magistratures et travaille beaucoup avec les stratèges. Ainsi chaque décision de l'ecclésia est transmise grâce à la Boulè aux differents magistrats, et inversement , de nombreux projets proposés par des magistrats sont transmis a l'ecclésia par l'intermédiaire de la Boulè. Les 50 bouleutes représentent le bureau de l'assemblée, prythane pour un 10éme de l'année, et l'épistate, tiré au sort parmis ces derniers, en fonction pour une journée, en est son président.Un roulement mis en place garantissant notamment la liberté de tous et empêchant la prise de pouvoir des oligarchistes.
Nous pouvons observer qu'il existe encore l'aréopage, un conseil d’anciens archontes qui contrôle les institutions.Mais cet organe perd de son prestige lors de la création de la Boulè par Clisthène.

Le dernier corps que nous allons aborder est l'Heliée, un tribunal populaire. Il comporte environ 6000 citoyens qui sont tirés au sort. Toutes les affaires, qu'elles concernent l'état ou un particulier, sont confiées aux citoyens quels qu'ils soient. L'instruction appartient aux magistrats qui président les différentes cours de justice.Ainsi les Onze, par exemple pour les affaires criminelles ou encore les stratèges pour les questions de disciple militaire. Beaucoup d'affaires sont confiées au début aux archontes, mais l'on voit avec le temps que leur prestige diminue.Ainsi à la fin du Veme siècle , les archontes ne jugent plus mais ne font qu'instruire les procès. L'instruction a donc été séparée de l'accusation.
L'Héliée est aussi présente lors de la dokimasie , examen surtout moral lors de l'entrée en charge des differents magistrats, ainsi que la reddition de comptes en fin de charges.
Les differents magistrats sont contrôlés de manières excessives. Tous doivent s'y soumettre, traqués par le peuple qui a peur d'être volé ou trompé. Ces redditions de comptes sont extrapolées. Un problème mis en avant par Xénophon lorsqu'il dit " les cités en usent avec les magistrats comme moi avec mes domestiques. Je veux que mes serviteurs me fournissent tout ce qu'il me fait en abondance et qu'ils ne touchent à rien. Les cités entendent que les magistrats leur procurent le plus d'avantages possibles et qu'ils s'abstiennent de toucher a quoi que ce soit".

Nous pouvons conclure en disant que les différentes magistratures athéniennes évoluent avec le temps, avec les diverses réformes comme celles de Solon dont nous parle Aristote. C'est bien un système démocratique qui s'établit. Cependant, nous remarquons qu'il existe quelques défauts à cette organisation, puisque comme nous venons de le voir, des abus de pouvoirs sont possibles (la pression du contrôle constant financiers des magistrats. Cet abus est mis en relief dans l’extrait du procès intenté contre Ctésiphon, dans le discours du même nom.
L'égalité parfaite, but de la démocratie, semble aussi remise en cause notamment avec les Thètes.

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Re: la magistrature à Athènes

Message par Invité le Sam 15 Déc - 18:11

II) Théorie et réalité.
1) Irrespect des lois.
Ces deux extraits mettent en parallèle la manière dont étaient censés fonctionner la magistrature athénienne et le mode de fonctionnement réel, une mise en parallèle entre la théorie et la pratique, entre la loi et les faits.
Avant d’exposer le problème que soulève Eschine, revenons un peu en arrière afin d’éclaircir cette affaire qui oppose à première vue Eschine et Ctésiphon bien que ce soit à Démosthène que ce discours est adressé. Avant ce procès, Eschine et Démosthène sont deux orateurs rivaux, qui s’affrontent perpétuellement que ce soit sur le plan professionnel ou personnel.
Dans son procès Contre Ctésiphon où Eschine accuse celui-ci de vouloir couronner Démosthène, un magistrat, avant qu’il ait rendu des comptes aux logistes, magistrats de la finance, chargés de vérifier, je cite : « le compte financier et moral de leur gestion ». Eschine s’adresse ici à Ctésiphon mais aussi à Démosthène et les introduit dans l’extrait par « Certains diront ». Ce qui est reproché à Ctésiphon est d’avoir voulu changer la loi. Comme l’explique l’auteur dès les premières lignes de l’extrait, Ctésiphon et Démosthène sont accusés pour dire et je cite : « qu’une fonction pour laquelle on est choisi par décret n’est pas une magistrature (arkhè), mais une charge (épiméléia), un service public. » À cet argument, Eschine va opposer la loi c’est-à-dire : « « les magistratures électives et les épistates des travaux publics…Et tous ceux qui ont entre leurs mains une partie des affaires de la cité durant plus de trente jours, et tous ceux qui prennent des présidences de tribunaux. » Eschine coupe cette citation de la loi, précisant les fonctions de Démosthène, plus haut épistates et spécifiant que « les épistates des travaux sont tous amenés à présider un tribunal. » L’auteur définit ensuite leur rôle. La fonction des épistates lors de leur présidence n’est pas de s’acquitter d’une charge mais, et ici je cite la loi énoncée par Eschine : « d’exercer une magistrature après avoir subi l’examen dans un tribunal ». Donc Démosthène n’est pas seulement un épistate mais aussi magistrat et selon la loi qu’Eschine rappelle quelques pages avant cet extrait un magistrat ne doit pas recevoir de couronne avant d’avoir passer la dokimasie.« Frappé de cette fâcheuse coutume, un de nos législateurs a porté une loi excellente, celle qui interdit formellement de couronner les magistrats qui ont encore à rendre des comptes de leur gestion. »

2) Un mode de désignation des magistrats inégal.
Ce parallèle entre théorie et réalité est aussi visible dans le texte d’Aristote avec le problème des thètes. Comme nous l’avons vu, Aristote nous explique la classification sous Solon, les différents magistrats issus de telle ou telle classe sociale. Rappelons le, les pentacosiomédimnes, les cavaliers et les zeugites ont la possibilité d’accéder aux différentes magistratures en fonction, bien sur, de leur cens. Reste le problème des thètes. Les thètes font parti de la dernière classe et selon Aristote, Solon ne leur a attribué que des fonctions subalternes : « A ceux qui étaient classés comme thètes, il ne concéda que la participation à l’assemblée et aux tribunaux. »
À ce problème d’inégalité entre les classes se trouvent deux solutions énoncées dans le texte. La première est de passer de la classe des thètes à la classe des cavaliers, ce qui est possible si l’on en croit ce passage de l’extrait : « On trouve en effet sur l’Acropole une statue de Diphilos, portant l’inscription suivante : « Anthémion, fils de Diphilos, a consacré cette statue aux dieux quand il fut passé de la classe des thètes à celle des cavaliers » ». En passant d’une classe sociale à l’autre, le citoyen gagne une entrée pour une magistrature, plus ou moins importante selon sa classe.
La deuxième solution se trouve à la fin de l’extrait : « C’est pourquoi, maintenant encore, lorsqu’on demande au candidat à une magistrature tirée au sort quelle sa classe, nul ne répondrait : celle des thètes ». Expliquons cette dernière phrase. Lors du tirage au sort, on ne savait pas si le candidat appartenait à la première classe, à la deuxième... il pouvait arriver que des thètes se présentent et s’ils étaient élus par ce tirage au sort, il se devait de renier leurs origines et de mentir. Cette pratique était courante et les magistratures athéniennes fermaient les yeux sur ce genre de mensonge.


Conclusion :
Ces deux témoignages nous renseignent de manière complète sur le fonctionnement de la magistrature à Athènes. D’une classification des différents corps sociaux découlent des magistratures attribuées à chacun, des rôles politiques, judiciaires, militaires… Mais bien que ce mode de fonctionnement paraisse exhaustif et satisfasse la plupart des citoyens, il subsiste des failles à plusieurs niveaux. Les lois peuvent être détournées par les plus grands épistates ou magistrats et la dernière des classes sociales ne peut participer aux différentes magistratures sans mentir ou renoncer à leur catégorie sociale.
Nous pouvons constater les limites de la société athénienne, au-delà de son aspect complet, elle met à part et exclue une certaine catégorie quand d’autres en profitent. Nous pouvons alors nous poser la question suivante : La société athénienne est-elle une véritable démocratie ?

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Re: la magistrature à Athènes

Message par Invité le Sam 15 Déc - 18:11

La magistrature à Athènes


Problématique : En quoi la magistrature Athénienne reflète-t-elle une organisation complète et paradoxale à la fois ?


Plan : I/ Comment est constituer la magistrature
1. Classification
2. Magistrature élective ou pas tirage au sort
3. Les différentes institutions Athéniennes

II/ La magistrature Athénienne, entre théorie et réalité.
1. Contournement des lois
2. Des inégalités au sein de la démocratie.

Bibliographie :

Ouvrage usuel :
-M-C. HOWATSON, Dictionnaire de l’Antiquité, Paris, Robert Laffont, 1993.

Ouvrages généraux :
-HUMBERT Michel, Institutions politiques et sociales de l’Antiquité, Paris, Dalloz, 1999

-WILL Edouard, Le monde grec et l’Orient, « le Ve siècle (510-403), tome 1, Paris, Presse universitaire de France, 1994.

-WILL Edouard, MOSSE C., Le monde grec et l’Orient, « IVe siècle et l’époque hellénistique », Paris, Presses universitaires de France, 1993.

Ouvrages spécialisés :
-Aristote, Constitution d’Athènes, texte établit et traduit par Georges MATTHIEU et Bernard HAUSSOULLIER, Paris, Les Belles Lettres, 1972.

-Eschine, Contre Ctésiphon, Tome II, Texte établit et traduit par Victor MARTIN et Guy DE BUDE, Paris, Les Belles Lettres, 1952.

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Re: la magistrature à Athènes

Message par Sid le Dim 16 Déc - 13:01

merci, je l'attendais celui là!
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